L’aristocrate déchu (1/2)

Posté le 25 avril 2014 par thekb dans Social

Résumé par son arrogance et sa compétence technique, l’aristocrate déchu incarne au mieux l’oublié, au pire le paria de la société contemporaine alors qu’il disposait de tous les atouts pour lui donner une orientation résolument tournée vers le progrès et in fine la réalisation d’un monde meilleur. Le monde, en le perdant, perd alors l’idéal de cet homme, idéal qui lui fait aujourd’hui cruellement défaut.

L’aristocratie étymologiquement, c’est deux concepts associés, aristos le meilleur, kratos le pouvoir. En d’autres termes, l’idée que le pouvoir doit être donné aux meilleurs afin de disposer du meilleur gouvernement possible. Utopie tentante. Mais la relativité de la notion de meilleur et les inévitables déviances vers un pouvoir monarchique héréditaire ont relégué dans l’inconscient collectif l’aristocratie comme une forme de gouvernement archaïque non différencié avec la ploutocratie et le népotisme.

Qui est donc dans ce cadre notre aristocrate déchu ? C’est inévitablement un diplômé supérieur, souvent d’une école d’ingénieur qu’elle soit de premier rang ou non. Le faible coût des études et la forte sélection lui ont donné une grande sensibilité pour le méritocratie et une grande irritabilité pour les privilèges indus. La rigueur le caractérise et le travail ne lui fait pas peur. Il n’est pas toujours conçu pour les relations humain-humain mais les relations humain-cyborg étant encore insuffisament développés, il doit souvent souffrir d’être considéré comme un extraterrestre social parfois séduisant le geek de star wars, parfois repoussant le libidineux des pornos quotidiens. La société l’a formé et l’a déclaré expert, scientifique, élite… Elle a renforcé sa grande ambition qui associée à ses connaissances scientifiques le font percevoir comme arrogants par ses collègues.

Et lui dans tout ça ? Lui se demande ce que désormais lui propose le monde et plus prosaïquement la France ? Après sa première embauche, pendant 4 ans, son salaire (statistiquement entre 1,8 et 2,5k€ net par mois après impôts) ne sera pas revalorisé de plus de 2% par an. Alors que ses ainés étaient considérés avec prestige, il perçoit ce doute pour la science. La mode de l’euthanasie scientifique au principe de précaution… Par contre, en tant que cadre, il est invité à travailler environ 60-70h par semaine minimum (donc in fine percevoir le même salaire horaire qu’un ouvrier ou une femme de ménage) et à devoir payer sur ses propres deniers tous les loisirs que le monde moderne lui laisse entrevoir après son labeur. Loin d’une vie paradisiaque, il se renseigne sur sa situation. Et là il se trouve submergé sous un flot de critiques de socialistes bien-pensants le trouvant déjà bien payés soutenus par des syndicalistes arcboutés sur les privilèges indécents de la classe ouvrière française. Oups…

Le drame est énoncé. Le malaise est soulevé. Il ne comprend pas comment après ses études et son travail, il se retrouve à uniquement 2x le salaire d’un ouvrier et au même salaire horaire. Il ne comprend pas pourquoi il n’a pas les moyens de s’acheter un appartement (ne parlons pas de maison) dans la ville où il travaille, pourquoi il n’a pas les moyens de partir en vacances. Doit-il remettre en cause la valeur de son travail ?

Il se compare alors avec ceux qui se donnent à ses yeux quotidiennement en spectacle. Un député est payé 5k€ net par mois après impôts. Il a une forte tendance à cumuler des mandats. Avec un poste de maire par exemple, où en moyenne le salaire est aussi autour de 5k€ net. Là encore, un poste peut en cacher un autre avec les présidences additionnelles des communautés de commune et d’agglomération… Un journaliste a quant à lui le droit de déduire 30% de ses revenus bruts pour calculer son revenu imposable. D’après une source INSEE, le salaire moyen d’un journaliste est de 3200€ net par mois. Tout calcul fait, cet avantage fiscal rapporte au journaliste 4000€ net en moyenne. Source CCIJP (journalistes professionnels), on dénombre 37000 journalistes environ avec carte. L’avantage fiscal accordé représente donc 150 M€ de recettes non perçus par la France. (Si le montant peut être discutable, -Un article du monde de Samuel Laurent et Jonathan Parienté en 2012 évaluait la niche des journalistes à 60 M€.- l’ordre de grandeur reste le bon.)

Théorie du complot ? L’aristocrate est trop intelligent pour y croire. Par contre, théorie des égoïsmes. Dressons en une rapide typologie.

1- Le soixante-huitart

L’égoïste par excellence. Maître d’une morale érigée sur les débordements du militarisme (guerre du Vietnam) et du capitalisme américain, sa vie se résume à une une recherche permanente d’une amélioration de ses conditions quitte à ce qu’elle soit au détriment des autres et du monde. En 68 pour ses 20 ans, il préfère valider ses diplômes sans examen. En 1981 pour ses 40 ans, trouvant que le travail le fatigue au moins autant que ses études et alors que ses parents et grand-parents n’avaient jamais disposé d’une telle espérance de vie, il raccourcit sa durée de travail pour partir à 60 ans à la retraite. En 97 pour ses 55 ans, trouvant que le travail même sans étude et avec une fin prématurée est trop harassant, il s’enthousiasme pour travailler 35h par semaine. Que la situation économique de son pays se dégrade ne le concerne nullement, il préfère reporter ses efforts au lendemain. Idéalement après sa mort. Le soixante-huitart prolonge la pensée de Saint-Exupéry. Il a hérité de la terre de ses parents, puis il l’a emprunté à ses enfants enfin a fait faillite.

2- Le démagogue

Le politique médiocre et menteur. A l’image à ma droite d’une Nadine Morano faisant licencier une vendeuse l’ayant mal reçu, d’un Frédéric Lefebvre se confiant sur Zadig et Voltaire. A l’image à ma gauche plus récemment d’un homme racontant la vérité les yeux dans les yeux, d’un conseiller élyséen porté sur le cirage. Ces politiques ont la caractéristique tous d’être des avocats sinon de formation (je passe le bonjour au petit Nicolas et à Jean-François) au moins de conviction sautant de sujet en sujet. Ils défendent sans s’impliquer. Un dossier sera suivi d’un autre. Rien ne compte sinon le sentiment de pouvoir atteindre par une manoeuvre un meilleur poste ou salaire.
Ces politiques n’hésitent pas à humilier ou enterrer leurs adversaires ne partageant par leurs comportements. Quelles difficultés pour exister pour un Alain Juppé, un Gérard Collomb ou un Gérard Longuet. Comment partager leur stupeur lorsqu’ils s’aperçoivent que leurs élections fondées sur des propositions démagogiques et irréalistes mais néanmoins parfois mises en application entraînent lentement mais inévitablement leur discrédit au profit de Jean-Luc et Marine ? C’est comme pour les werthers, on préfère l’original.

3 – Le lumpenprolétariat

Les plus misérables de ce numéro de cirque. Autant victimes que bourreaux de leurs sorts. Ce sont ces chômeurs qui croient que nos démagogues peuvent changer leur quotidien. Ce sont ces travailleurs sur les lignes de RER dits « régulateurs de trafic » qui par ligne de 20 avec distance réglementaire de 2m entre deux permettent au voyageur distrait de s’apercevoir quand les portes de métro s’ouvrent et se ferment. Ces millions de français sont gavés par les démagogues et les soixante-huitarts de fausses images et de faux espoirs. Ils n’aspirent qu’à travailler pour vivre. La société les oblige à quémander pour survivre. Leur nombre croissant et l’inflation de leurs exigences pour qu’ils acceptent de se livrer au simulacre de la proposition démocratique française conduit à l’instabilité actuelle du système.

Conclusion ? N’en déplaise aux sociologues, la montée des inégalités en France n’est pas la grille de lecture pertinente. En fait, depuis plusieurs décennies, la société a opéré une redistribution de la richesse profondément inégalitaire en forme de sabliers. Côté haut, une poignée d’oligarques arrivistes s’accapare la richesse créée par le pays de manière indue. Côté bas, cette poignée assure son élection par une politique démagogique envers les plus pauvres qui constituent aussi les plus nombreux dans la société. Mais ces pauvres perçoivent désormais le jeu de dupes auquel on les a conviés. La spoliation naturellement s’est opérée sur une large minorité, la classe moyenne et notre aristocrate qui ont pour point commun de se faire spolier la valeur de leur travail.

Quels postures s’offrent alors à notre aristocrate ? A priori trois.

1- Le sisyphe

Le sisyphe pousse sa pierre envers et contre tout. Deux limites à cette posture. Premièrement comme chacun sait, dans ce mythe, ce supplice est éternel et sans effet sur l’environnement. Exit donc la possibilité d’apporter un progrès, un espoir au monde. Secondement aux dernières nouvelles, il nous faut imaginer sisyphe heureux. Or le verbe falloir s’accompagne d’un halo inquiétant dès l’oreille.

2- Le révolutionnaire

Le révolutionnaire est l’acteur de sa vie qui entend reconquérir la place qui lui revient de droit dans la société. Mais il oublie certaines de ses valeurs essentielles. Il se prend au jeu à son tour de la démagogie. Refusant l’évolution de la société, il s’en définit désormais comme l’antidote s’autorisant tous les interdits et tabous. En quelque sorte, le voilà parti à combattre le mal par le mal. Prosaïquement à l’extrème-droite, Bruno Mégret est polytechnicien, Florian Philippot HEC. Plus glorieusement et à gauche, le Che était à la base un médecin.

3- Le cynique

Le cynique a pleinement démasqué la fable que lui raconte le monde dans lequel il a été rétrogradé au rang d’instrument. Il ne trahit pas ses idéaux mais considère  que ses idéaux l’ont trahi. Il ne se sent engagé par plus aucune des causes qui dans sa jeunesse le faisaient rêver. Il choisit de prendre une hauteur mesquine face à tout événement afin de dépasser son malaise profond et sa souffrance.

Cependant aucune de ces trois postures ne permet à l’aristocrate de se réaliser. Le voilà déchu. Chaque jour de plus devient un jour de trop. Intellectuel de l’action à la recherche d’une posture, je suis l’aristocrate déchu d’un monde à réenchanter.

(A suivre dans « Le réenchantement du monde (2/2) »)

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