Ode d’un libéral à Mélenchon

Posté le 10 septembre 2014 par thekb dans Politique

De retour après un long silence, on pense immédiatement à un titre accrocheur pour attirer un lecteur qui a probablement déserté depuis longtemps ce blog. Devant l’incurie du gouvernement soi-disant socialiste soit disant social-libéral, un titre tapageur original me vient. Original ? Pauvre de moi, une vérification sur Internet me montre un article daté du 25 août 2011 sur Atlantico « Ode à Jean Luc d’un libéral convaincu ». Fichtre c’est donc un échec pour le titre, essayons à tout le moins pour le propos.

Jean-Luc (je me permets la familiarité) et moi partageons une posture. Nous refusons les directions données par ce gouvernement et représentons une force de proposition dans un climat national délétère. Comment en être autrement alors qu’aujourd’hui, le dénommé Cahuzac fait la leçon à son ancien camarade Thévenoud ?

Mais derrière cette posture, nous partageons aussi certaines propositions car Jean-Luc (et je suis ici aligné avec l’article éponyme publié cité plus haut) n’est pas un simple tribun de la gauche de la gauche mais aussi un intellectuel de combat comme savait si bien produire le modèle social de la IIIe République. Il raisonne et même s’il garde un spectre très marxiste de la lecture de l’actualité, au moins sait-il l’adapter à certaines réalités économiques et politiques. Faisons ensemble un rapide tour d’horizon de propositions autour desquelles un consensus se ferait. Bienvenue dans ce gouvernement utopique d’union nationale entre Jean-Luc et moi, le front de gauche et les libéraux.

1- Politique Intérieure

Constat :
57% du PIB en dépenses publiques, un déficit durablement au-dessus des 4% avec un matraquage fiscal des plus riches mais aussi des plus pauvres. Une insécurité qui augmente avec une montée de l’islamisme radical dans les banlieues. Un mal-être généralisé qui produit une fuite sans équivalent des élites.

Propositions communes :
(i) Versement d’une allocation de 600€ par mois pour chaque citoyen français depuis sa naissance à sa mort par l’état avec les mesures associées (instauration d’un impôt pour chacun uniquement sur le revenu à taux unique, suppression de l’ISF etc)
Chacun devra disposer dans la société du minimum vital pour vivre. (petit calcul 66 millions de français qui touchent 600€ par mois soit 7 200€ par an, cela représente une charge annuelle additionnelle de 500 milliards d’euros pour l’état). Au-delà de ce minimum, chacun est libre de travailler pour percevoir en plus un salaire. Chacun payera l’impôt (rappelons qu’un foyer sur deux aujourd’hui ne paye pas d’impôt) qui sera fixé à un unique taux normatif de 30% identique pour les entreprises. L’ISF sera supprimé. La France a un PIB de 2000 milliards d’euros, l’état en prend 700 milliards via les impôts (30%), 150 milliards via la TVA, il en redistribue 500 à ses citoyens et en conserve 350 pour le fonctionnement des institutions régaliennes. Enfin les collectivités locales ponctionnent 150 milliards annuels de fonctionnement. En somme, nous avons posé les bases d’une société où l’état/les collectivités ponctionnent 1000 Md€ (50% du PIB, diminution de 7 points !) parmi lesquels la moitié sont consacrés à la fonction redistributive. C’est trop pour un libéral, pas assez pour un communiste mais enfin ça permet de tracer la nouvelle société.

(ii) Création d’une zone euro du Sud
La politique monétaire ne conduira qu’à la ruine des peuples si elle n’est pas conduite dans une zone économique homogène. Le principe de réalité doit s’appliquer à la France, la Belgique, l’Espagne, le Portugal, l’Italie et la Grèce. Face à nos difficultés, il conviendrait de nous regrouper avec un euro du Sud qui coexisterait avec l’Euro du Nord de l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas et la Finlande. Ainsi nous pourrions mener des politiques monétaires et budgétaires adaptées à notre situation économique. L’accord porte sur la création de la zone économique optimale évidemment pas sur sa gouvernance (banque centrale dépendante de l’état ou non ?).

(iii) Plan Marshall des banlieues (ou regroupement de mesures actives les concernant)
La France républicaine et laïque ne saurait plus tolérer le devenir actuel des banlieues. Il convient d’abord d’y refaire respecter l’ordre républicain (suppression des trafics de drogue et des zones de rébellion à l’autorité) et de prier les amis qataris de retourner dans leurs déserts plutôt que de se mêler d’affaires internes à la France. Parallèlement, les bourses de mérite naturellement supprimées par la socialiste Belkacem seront réintroduites tandis que les bourses de ressources seront elles toutes supprimées. 
Enfin les subventions universelles seront suspendues si les enfants ne fréquentent pas assidûment l’école. La génération actuelle des banlieues est perdue. La suivante peut être encore sauvée par l’éducation. 

Divergences :
Nos divergences majeures sur la place de l’état et son rôle, pointées dans les trois items, ne seront évidemment jamais solutionnées. La réduction de la dépense publique, la gestion indépendante par une banque centrale de la situation monétaire et la réduction des domaines d’attribution de l’état sont autant une nécessité pour les Libéraux qu’une hérésie pour le Front de Gauche. En outre, la VIe République qu’il appelle de ses vœux avec à la clé un retour aux régimes parlementaires instables d’antan est un autre point d’accroc.

2- Politique Etrangère

Constat :
Une France piétinée (à raison ?) par l’Allemagne en politique intérieure européenne et par les Etats-Unis en politique extérieure. Est-il envisageable qu’en raison d’un prétendu universalisme européen démocratique, la France participe à imposer par la force et l’ingérence, la liberté aux autres peuples ? Non.

Propositions communes :
(i) Refus de sanctions envers la Russie
A la différence de Jean-Luc, je n’ai aucune admiration particulière pour Poutine bien au contraire. Mais je reconnais comme lui que la Russie est une civilisation millénaire qui a une histoire glorieuse pour elle et qui a subi de plein fouet la chute du communisme (diminution de 50% du PIB entre 1991 et 1999). Nous refusons de revenir à une logique de guerre froide dans laquelle l’Europe aurait tout à perdre. Pragmatiquement, si demain Poutine envahit l’Ukraine sommes-nous prêts à lui déclarer la guerre ? Face à cette Realpolitik et à ce Kriegsspiel, la France doit jouer son rôle particulier et historique de modérateur. 

(ii) Refus d’intervention en Irak
Les américains malgré les fortes interrogations d’un vieux continent porté par la France ont délibérément mené la politique du pire au Moyen-Orient. Bush puis Obama peuvent ainsi se targuer d’avoir réussi à mettre au pouvoir des hommes pires qu’Al Qaïda de leurs propres aveux… Il peut sembler légitime d’aller en Irak aujourd’hui pour attaquer ces nouveaux adversaires. Cependant quelle cohérence d’attaquer en Irak ceux que nous soutenions hier en Syrie contre le régime de Al-Assad ? Quelle logique à laisser dégénérer encore cette spirale de violence comme en Libye ? La liberté ne s’impose pas. En cette période économique compliquée pour les français, il n’est pas acceptable d’engager de nouvelles dépenses avec comme seule conséquence de perdre un peu plus notre crédibilité comme pays référence en diplomatie étrangère.

(iii) Repositionnement de la France au centre de l’échiquier géopolitique mondial
Quel est l’intérêt de la France ? Pas celui de ses alliés ! Les américains se moquent comme de leur premier iPhone des intérêts français. Nous serions avisés de faire de même. La France par son histoire et par son absence de potentiel hégémonique actuelle est l’une des rares nations à pouvoir parler avec tous les interlocuteurs. Dialoguer avec les iraniens, dialoguer avec les syriens, dialoguer avec les russes. Qu’ils soient ou non nos alliés ne change rien à l’affaire (de toute façon « Garde tes amis près de toi, et tes ennemis encore plus près. » Al Pacino). Nous avons la chance de pouvoir jouer une politique à même de pouvoir servir la paix (discussions Israël-Palestine), l’équilibre mondial (entre le nouveau trio Russie, Etats-Unis et Chine). Et puis de façon, je ne vois pas pourquoi je me sentirai plus lié à l’extrémiste nouveau riche saoudien voire qatari qu’au raffiné perse… 

Divergences :
Là encore la place au dirigisme de l’état ne saurait permettre une entente durable. De même que la France ne saurait se faire l’avocat des ingérences mondiales, elle ne saurait appeler une dictature autrement que par son nom (Cuba, Vénézuela) ni l’encourager à persister dans cette voie.

En conclusion, chacun de nous deux a conscience qu’il représente le diable aux yeux de l’autre. Chacun de nous deux sait dès le début que notre alliance ne sera qu’éphémère. Le temps des premières réformes. Avant une bataille des idées pour le choix de société de la France au XXIe siècle ainsi que sa place dans le monde. Mais surtout chacun de nous deux a perçu que désormais le temps nous est compté pour agir avant un grand soir qui pourrait avoir les couleurs et la saveur du NSDAP d’antan.

Alors voilà, pour ma part, dans un cadre républicain et laïc, mon choix est fait :
1- Je ne peux laisser gouverner seul ni Méphistophélès ni Normal.
2- Si je dois gouverner, je préfère le faire avec Méphistophélès qu’avec Normal.

Répondre

D'autres nouvelles

Géopolitique

Protégé : Alchimie du monde arabo-musulman

Cet article est protégé par un mot de passe. Pour ...

Introduction

Vivre et mourir

On vit, on meurt. C’est déjà pas mal. On s’assèche ...

Politique

Connais-toi toi même ? / version politique

Suis-je de droite ou de gauche ? Question naturelle à ...

Le blog du salon |
Les News ELVI immobilier |
Idabox |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | The Teamwork Project
| JCL COURTAGE
| NICOLAS MAULET | ENERGY LA...