Z comme Zemmour

Posté le 7 octobre 2014 par thekb dans Politique

Voilà un homme qui représente le clivage de la France et qui n’a pas ménagé ses efforts marketing pour la parution de son nouveau livre. Pour le plus grand (dé)plaisir de ses détracteurs et aficionados. J’invite chacun à regarder comme sources de la réflexion le « ça se dispute » du 03 octobre, le   »on n’est pas couché » du 4 octobre 2014 et enfin « c’est à vous » du 6 octobre même si je préciserai dans mon propos dans une certaine mesure le contexte.

L’enjeu est de donner des clés pour décrypter les propos de Zemmour et évidemment d’exprimer la position d’un libéral.

0) Avertissement / Prérequis

Avant de discuter sur le fond, il est important et nécessaire de prendre quelques instants pour cadrer le débat.

1- Terrain des idées : D’abord, je considère Zemmour ici comme un intellectuel qui avance des arguments sur le terrain des idées. Si vous voulez lui cracher à la figure ou le sanctifier, c’est une mauvaise adresse. Aux antipodes du caniveau que représentent Hollande et Trierweiler…

2- Eloge de la méthode : Sur France 2, Caron et Zemmour s’affrontent sur des chiffres d’immigrés et leurs définitions. Sans trancher sur le fond à ce stade, sur la forme lorsque l’on veut défendre un propos soit on réalise un passage en force sans aucun chiffre (démonstration d’autorité), soit on réalise une démonstration sans faille (hypothèses et leurs sources, démonstration et conclusion). Malheureusement, le spectateur ne pourra qu’être gêné par la méthode Zemmour qui mêle, je rejoins ici l’affirmation de Caron, chiffres discutables et raisonnement. Fondamentalement Zemmour pouvait et devrait dire la même chose en se passant de ses chiffres.

De fait, les deux arguments de Zemmour pour se défendre sur ce point ont été les plus décevants : i- on peut faire dire tout ce qu’on veut aux chiffres (ce qui revient à décrédibiliser toute analyse quantitative) ii-  c’est la forme canonique de son type d’essai depuis des siècles que de mélanger analyse et chiffres éparses (ce qui revient à considérer l’essai comme une formule écrite révélée qui ne saurait être discutée ou améliorée).

3- Un contre cinq, cinq contre un : Zemmour a été dans tous ses débats (et principalement sur France 2), l’homme contre qui tous étaient ligués. Ca se ressent et ça pollue le débat. Cohn-Bendit, Denisot, Ruquier  et Caron avec dans une moindre mesure Salamé ont chargé chacun sur Zemmour toujours soutenus par le collègue. Je ne suis pas sûr que ça aide à la clarté du dialogue (doux euphémisme…) et par contre ça donne une posture mystique de prophète à Zemmour face à des incrédules qui ne veulent pas voir. En bref, nos 5 larrons -tous notoirement de gauche- ont voulu démasquer leur diable sur la forme plutôt que sur le fond ce qui ne manque jamais de produire l’effet inverse.

4- Parcours zemmourien : Dernier point classique pour les lecteurs assidus du blog mais essentiel. Qui a produit le Zemmour que cette gauche socialiste réprouve ? Cette même gauche !

Zemmour rompt en 1985 avec un socialisme antiraciste, féministe et progay dans lequel il ne se reconnaît plus. Il vote encore Chevenement de son propre aveu en 2002. En fait, la tradition de gauche de Zemmour reste celle du siècle dernier : celle de cette gauche radicale laïque dont le combat est focalisé contre le capitalisme (renommé à tort libéralisme) et sur l’amélioration de vie des travailleurs les plus modestes (paysans et ouvriers).  Classiquement persuadé de la supériorité de sa hiérarchie des normes (et donc du modèle de société attenant), il refuse que sa vision soit modifiée par la nouvelle école socialiste. Mis en minorité et incapable d’appliquer démocratiquement sa vision universaliste, inévitablement il dérive et s’incline devant la nécessité d’un ordre fort permettant d’imposer ses idées quitte à fortement censurer les libertés.

Alors à destination de ses socialistes qui souhaitent faire expier Zemmour, en clin d’oeil à ce même Zemmour qui affectionne cette citation : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. »

1) Vision économique

Drame pour Pascal Praud sur « ça se dispute » la mal nommée pour cette discussion économique sur le plateau. Zemmour et Domenach sont d’accord sur la politique du gouvernment de laisser filer les déficits, de refuser une discipline budgétaire stricte. Mieux ils en font l’éloge. Zemmour se vantant d’avoir lu et de connaître son Keynes.

Il n’y a aucune différence pour Zemmour et Domenach sur le rôle de l’état dans l’économie. Ce dernier doit être omniprésent et prépondérant. Il n’y a aucune autre figure dans leur panthéon économique que Keynes. Pourtant si j’osais, je recommanderai à Zemmour de lire Hayek. La Route de la servitude pour commencer. Ecrit pendant la seconde guerre mondiale. En attendant cette lecture, lors de cette émission comme lors des autres, le libéralisme est fustigé pour toutes ses responsabilités alors que le conservateur et le socialiste qui s’affrontent et s’alternent à la conduite des affaires ne le sont ni l’un ni l’autre.

Mais Zemmour va plus loin, il affirme que la résolution par le libéralisme, le socialisme ou toute autre pensée politique des problèmes économiques en France ne sortira pas la France de son chemin de chaos. Pour Zemmour (comme pour Finkelkraut), le problème essentiel de la société française est social et non économique. Pour le libéral, il apparaît au contraire que la prospérité économique permise à chacun des membres de la société grâce à la liberté est l’assurance d’un climat social apaisé. Quand on ne se bat pour avoir à manger pour soi et ses enfants, il est probablement plus facile d’accepter l’autre. Quelle que soit sa religion ou sa culture. Quand ce dernier a en tête des exemples multiples de réussite, il lui est probablement plus facile de  s’assimiler dans cette société. Où est passé le rêve français ?

2) Vision sociale

Le diable conservateur Zemmour dénoncé par la gauche prend ici toute sa mesure. Tour à tour adepte du grand remplacement, dénonciateur d’une islamisation organisée par les politiques, contempteur d’un lobby gay détruisant le socle des institutions, détracteur invétéré des avancées féministes, il adopte sur le fond comme sur la forme (citant De Gaulle « les arabes et les français c’est comme l’huile et le vinaigre. ») des postures volontairement polémiques et extrêmes à même d’amener le débat sur l’échiquier passionnel. Par rapport à une France qui se déchire, c’est idéologiquement bien vu.

Mais je suis un intellectuel et je vais donc ramener le débat sur ce terrain.

1- Féminisme : il y a deux façons l’égalité homme-femme. Soit on considère que les deux être sont absolument identiques donc afin d’assurer cette égalité il faut nier les différences. Soit on considère qu’égalité n’est pas synonyme d’uniformité.

Pour le libéral, il est aussi évident et nécessaire qu’hommes et femmes aient les mêmes libertés (y compris de disposer du droit de vote et d’un chéquier) que dangereux et néfaste qu’une idéologie négationniste impose sa vision. Si combattre le féminisme, c’est refuser la déformation de la langue française à des fins idéologiques et permettre à cette poignée d’idéologues d’imposer leur totalitarisme alors je fais partie de ce combat. Si un député français peut être condamné à perdre un quart de son salaire pour avoir dit « Madame le Président » (ce qui est préconisé par l’académie française http://www.academie-francaise.fr/actualites/feminisation-des-noms-de-metiers-fonctions-grades-et-titres pour des raisons indépendantes de tout sexisme) alors que dans ce même temps, cette Vice-Présidente Mazetier se permet de dire « Monsieur la députée, vous étiez la dernière oratrice. » sans aucune sanction, le féminisme est abandonné pour un totalitarisme. Zemmour a donc raison de dénoncer une idéologie nauséabonde portée par Duflot et consors qui, disons le franchement, a autant avoir avec le féminisme que l’Islamisme a avoir avec l’Islam.

2- Mariage gay : Zemmour est un grand pourfendeur de ce lobby gay qu’il n’est pas loin de voir dominer les décisions du gouvernement. C’est très exagéré même si je partage avec lui la conviction que ce sont toujours les minorités agissantes qui disposent du pouvoir même en démocratie.

En l’espèce, la notion de mariage est religieuse, le premier problème dans cette affaire est sémantique. Chacun est libre de se mettre en couple avec la personne de son choix. Chacun est libre de célébrer une union civile à la mairie avec la personne de son choix. Tout est dit ici, il s’agit d’une Union Civile. Indépendamment d’être hétérosexuel ou homosexuel.

Par contre, très prosaïquement, pour toute société, l’essentiel est d’assurer sa subsistance et son développement générations après générations.  En particulier, il n’est donc pas choquant de donner certains avantages aux femmes enceintes et aux jeunes parents. Lesquels parents ? Tous. Je ne vois aucun souci à l’adoption par un couple homosexuel d’un enfant. Mais je vois par contre deux soucis majeurs à la loi Taubira en l’état. D’abord, il est inacceptable que cet enfant se voit inscrit sur son état civil parent 1/parent 2. Deux personnes l’ont adopté mais il dispose toujours d’un père et d’une mère. L’état-civil est une des clés de voûte de notre société en ce qu’il détient l’identité c’est-à-dire l’histoire des individus. Ensuite, un monde repose sur des valeurs. Une des valeurs cardinales libérales est que rien ne vaut une vie. Toute notion de mère porteuse et autre GPA est donc complètement inconcevable pour un libéral.

Plus généralement, le libéral est en parfait accord avec une union civile des couples homosexuels et leur pleine jouissance des droits dans la société civile. Mais il ne peut accepter la loi Taubira en l’état qui conduit à la monétisation via la GPA de l’enfant et à une focalisation du débat sur l’égalité entre les couples homosexuels et hétérosexuels tout en oubliant la liberté et la place de l’enfant.

3- Affrontement avec l’Islam : Zemmour ne s’en cache plus beaucoup. Sa peur pour l’Islam de France s’est transformée en une conviction forte qu’une guerre de civilisations se préparait dans notre pays. La gauche lui en veut beaucoup pour dire les choses aussi crûment. Pourtant pour quiconque qui se promène dans les banlieues, dans les campagnes et prend le temps de discuter avec chacun de nos concitoyens vivant sur notre territoire, chacun partage cette vision. Danse sur un volcan. Qu’il soit français de souche ou non, le chômeur n’est pas fou. Il voit bien le courant de révolte qui traverse le pays.

Zemmour a trouvé la catharsis de ses français de souches en difficulté qu’il souhaite défendre : le monde arabo-musulman immigré (avec un saupoudrage d’africains pour rendre le message plus noir). Puisque le fait social prédomine sur le fait économique, leur intégration sera impossible même en cas de retournement de la conjoncture. Alors rationnellement au suicide français, il préfère une ablation arabe.

3) Guerre civile et Pétain

Nous voilà donc dans la guerre civile. Cette France déchirée rappelle furieusement celle du siècle dernier entre De Gaulle et Pétain. Rendons grâce à Léa Salamé qui, bien qu’imparfaitement, va lier le débat entre ces deux thèmes.

Que dit Zemmour ? Il conteste l’historiographie contemporaine pour Vichy principalement apporté par un américain Paxton. L’enjeu est de savoir si Vichy a collaboré en devançant les exigences allemandes ou au contraire si Vichy a derrière des accords de façade pris toutes les mesures dilatoires afin de protéger les français. Derrière cette discussion technique d’historiens (où l’avis du critique politique n’a aucune importance derrière les faits) se cache une posture où Zemmour et moi divergeons. Une posture que je partage avec Arendt et qui lui a valu de se faire traiter d’antisémites.

De quoi parle-t-on ? Pour Arendt, le contexte est la couverture du procès d’Eichmann. Pour faire simple (et ça ne l’est pas), elle s’indigne d’une certaine élite juive et notamment de Rudolf Kastner, un hongrois, qui va collaborer avec les nazis mais qui va permettre de sauver environ deux mille juifs hongrois sur plus d’un million. Ce choix rationnel l’horrifie. (L’accusation naît ici : Arendt puisqu’elle ne se focalise pas sur ce mal qu’a représenté Eichman et le nazisme mais qu’elle s’intéresse à l’exercice de la liberté des juifs dans le cadre de la folie nazie serait antisémite. Inutile de dire combien cette accusation est infondée.). Très concrètement : prenons l’exemple d’une mère à qui on arrache ses deux enfants et à qui on demande lequel des deux elle doit tuer de sa main, à défaut les deux seront exécutés. Comme souvent, la posture est essentielle. Ici la réponse à la question n’est pas plus oui que non. Elle est la troisième voie qu’est le refus de la question. Pour nos mathématiciens, le refus de l’axiome du choix.

Revenons à Zemmour. Zemmour ne souhaite nullement réhabiliter ni le nazisme ni le pétainisme. Il explique honnêtement comment la politique de Pétain a conduit à sauver certains juifs (en l’occurence les nationaux, comme en Hongrie, ce fut les plus riches). Ce que Hannah Arendt condamne, ce que le libéral condamne, ce que je condamne, c’est que précisément cette posture repose sur une rationnalité hors de son domaine de validité. Comment justifier cette hiérarchie qui tue et qui sauve ? Le libéral ne dispose pas de cette hiérarchie de valeurs lui permettant de choisir parmi ses individus.

Conclusion

En conclusion, Zemmour ne représente pas plus une idéologie dominante pas plus qu’il en combat une. Il représente l’affrontement millénaire entre les modernes et les anciens. Cet affrontement prend aujourd’hui la forme d’un affrontement entre conservateurs et socialistes qui ont conjointement écarté le libéralisme avant de se livrer la bataille dont nous sommes le témoin pour le triomphe de leur idéologie. Ces deux idéologies disposant d’une hiérarchie des normes universelles, leur affrontement prend pour cadre un recul général des libertés induisant un appauvrissement pécunier mais aussi intellectuel du pays.

Je peux confesser sans honte que j’admire le Zemmour capable de produire de vraies idées puis de les défendre même face à un auditoire coalisé. Je respecte sans aucune hésitation cet intellectuel qui pose les vraies questions.

Mais tout aussi naturellement, le libéral doit annoncer sans hésitation son divorce intellectuel de Zemmour. Pas pour ses vices de forme. Mais parce qu’il croit que la tragédie est désormais inévitable. Parce que sa hiérarchie des normes ne s’arrête plus à une simple préférence aux français (naturel dans un état) mais qu’elle prépare une guerre civile.

Pour le libéral républicain que je suis, l’enjeu est d’abord le rétablissement économique de mon pays. Ce rétablissement économique permettra naturellement l’intégration. Et au, et si ? Si le rétablissement économique arrive (il est aujourd’hui si éloigné) et que pourtant le problème social reste. Alors le libéral prendra ses responsabilités. Mais sa responsabilité n’est pas d’annoncer préférer une ablation plutôt qu’un suicide.

 

 

 

 

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